Je vous rassure vous n'êtez pas obliger de le lire. J'éspère que certains en auront le courage et me donneront leur avis.
De la créature de la nuit au messager du jour.
Claire se tenait à la fenêtre. La lune qui pénétrait dans la chambre d'hôpital révélait sa pâleur irréaliste et faisait luire les larmes salées sur ses joues. Will l'observait comme hypnotisé. C'était ici même qu'il l'avait vu la première fois il y a dix ans. Dans la même posture. Elle était belle bien sûr et elle l'était toujours. Mais cette beauté avait quelque chose d'anormal. Comme si il s'agissait d'un appât chargé de ferrer la proie afin que le prédateur s'en empare avec aisance. Evidemment il avait été captivé par cette splendeur invraisemblable mais ce fut l'expression de détresse immense qui fit chavirer son c½ur à jamais. Une détresse infinie qu'elle partagea ensuite avec lui, puissant la force nécessaire pour entamer son récit dans l'amour foudroyant qui naissait en elle.
Claire avait quinze ans. Une vie sans histoire, des choses simples la rendait heureuse, elle se sentait bien. Et puis un jour est apparue Gabriel. Prénom d'ange qu'illustrait à merveille un corps céleste. La jeune fille fut immédiatement fascinée par ce garçon. Tous l'étaient. Comment ne pas être obnubilé par cette perfection dérangeante qui semblait... Dangereuse. C'était bien là le mot, cette magnificence inquiétait autant qu'elle hypnotisait son public alors incapable de détourner le regard, de faire un geste. L'ange était mis à l'écart, il inspirait certes l'admiration et la fascination, mais aussi la méfiance et la suspicion face à cet éclat de beauté.
Cependant la jeune fille, romantique, sensible et surtout curieuse, se lia avec l'adolescent. Mais en était-ce vraiment un ? Parfois en l'entendant parler elle avait l'impression qu'il était vieux de plusieurs siècles. Gabriel l'intriguait plus qu'il ne l'inquiétait .Une foule de question se bouscu-laient dans sa tête : Comment pouvait il être aussi mature ? Pourquoi disparaissait-il chaque fois que le Soleil faisait une courte et exceptionnelle apparition ? Pourquoi ne le voyait- elle jamais manger ? Elle n'osait pas l'interroger de peur qu'il se braque car elle le savait mystérieux par na-ture. Elle se contentait donc de ce qu'il voulait bien lui révéler. Ils devinrent amis. Du moins c'est ainsi qu'elle croyait pouvoir qualifier leur relation. Habitant à proximité l'un de l'autre, ils faisaient régulièrement le trajet qui séparait leur domicile du lycée ensemble. Tout allait pour le mieux. Le temps passa et l'hiver arriva.
Et ça arriva. Un soir après les cours. Claire avait découvert un raccourci et, pressée de rentrer chez elle à cause du froid, voulu l'emprunter en compagnie de son ami.
« Tu es sûre de toi ? Je ne sais pas pourquoi mais ça ne me tente pas de passer par cette ruelle sombre » hésita Gabriel.
« S'il te plaît ! Il fait franchement froid ! » Insista Claire.
« Sincèrement je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Un grand nombre d'agressions se produisent dans des lieux similaires à celui que tu me proposes. » Plaida l'adolescent.
« Tu es là pour me protéger, non ? Ne me dis pas que tu as peur quand même ! »le provoqua la jeune fille connaissant sa fierté.
« Claire ne joue pas à ça » grinça l'intéressé.
« Allez, sois sympa ! En plus je suis déjà en retard, si je passe par le chemin habituel je serais tellement en retard que mon père va me tuer ! S'il te plaît fais ça pour moi... » Implora-t-elle.
« D'accord... Mais ne me regarde plus avec ses yeux là ! C'est une arme déloyale ! Soupira Gabriel.
Claire lui sourit et pénétra dans la ruelle. Le jeune homme ne put s'empêcher d'avoir peur pour elle. Elle ignorait à quel danger elle s'exposait. Gabriel fut tenter de la laisser rentrer seule par cette rue sombre et d'emprunter l'itinéraire habituel. Mais il craignait de perdre ainsi sa confiance et son amitié. Il ne voulait pas se retrouver seul. Pas cette fois. Il la suivit torturé par l'idée de se retrouver seul avec elle dans le noir. Le parfume de sa peau l'enivrait déjà quand ils étaient en classe, en pleine journée alors parviendrait-il à se contrôler dans cette ruelle exigüe, s ombre et déserte ?
Claire était heureuse d'avoir réussi à convaincre son ami, chose rare. Cependant elle était per-turbée par son air préoccupé. Silencieux, il avait les poings crispés et regarder droit devant lui. L'adolescente s'interrogeait sue les raisons de cette ambiance froide et tendue nouvelle lorsqu'il se tourna vers elle, d'un mouvement lent, saccadé qui détonnait avec sa grâce habituelle. Gabriel se rapprocha d'elle. Surprise elle recula mais se retrouva vite acculée aux briques. Le jeune homme était maintenant presque contre elle. Malgré l'obscurité, elle parvenait à discerner les courbes parfaites de ses lèvres, son nez droit et le renflement gracieux de sa pomme d'Adam sur sa gorge élancée. Au moment où il se pencha vers elle, les mèches satinées de ses cheveux caressèrent son visage, la faisant frissonner. Elle crut au premier baiser. Elle y crut jusqu'à ce que, d'un mouvement vite, il planta ses canines dans son cou. Claire d'abord muette de terreur, hurla de douleur. Alors par une synchronisation involontaire, les décorations de Noël qui ornaient la rue s'allumèrent. Le vampire effrayé par cet éclairage soudain, le cri de sa victime ou peut-être même par son acte s'enfuit. L'adolescente s'affaissa sur le sol de cette ruelle crasseuse, prise d'une douleur atroce. Le livreur de journaux qui passait par là la retrouva au petit matin, évanouie.
Claire se réveilla trois jours plus tard à l'hôpital. C'est en avançant vers le miroir de sa chambre qu'elle se rendit compte de sa nouvelle nature. Elle ne s'y voyait plus.
Il lui fallut du temps pour accepter cette réalité. Elle qui croyait que les vampires étaient des créa-tures de légendes, voilà qu'elle était devenu l'un d'eux ! Et ce n'était pas le plus dur, elle avait faim. Ou plutôt elle avait soif. L'idée seule de boire du sang, et encore plus du sang humain, la répugnait. La nuit, elle sentait son corps comme appelé par l'air nocturne. Le ciel sombre l'attirait. Au bout de deux semaines, lorsqu'elle rentra chez elle, Claire se rendit compte qu'elle avait la faculté de se transformer en chauve-souris. Quand sa nature ne l'effraya plus elle fut curieuse de découvrir qui elle était devenue. Beaucoup de mythes et de légendes répandus sur son espèce se révélèrent faux. Elle pouvait s'exposer au Soleil sans souffrir, seulement sa peau se mettait à scintiller comme si des diamants y étaient incrustés. A l'inverse de Dracula, elle ne pouvait pas grimper aux murs à la manière des lézards. Quoi qu'elle fasse, son corps ne se fatiguait pas, elle ne pouvait donc pas vieillir. Elle était devenue un prédateur. Maintenant elle comprenait le regard hypnotique de Gabriel. Certes elle ne pouvait pas se regarder dans un miroir, mais l'eau lui renvoyait son image. Sa peau avait la pâleur de la porcelaine, ses yeux avait pris cette luminosité étrange qui varier selon ses humeurs, elle savait par les réflexions qu'on lui avait faites qu'elle avait à présent une démarche aérienne. Chacun de ses gestes étaient emprunts d'une grâce infinie. Tout en elle était tentation.
L'idée de tuer des êtres humains la répugnait toujours autant alors, elle y avait trouvé une alternative. Elle résidait à proximité d'une forêt, il lui était donc aisé de trouver des animaux capables d'assouvir sa soif.
Ce n'est pas pour autant que sa nouvelle situation ne lui posait aucun problème. Au lycée, les autres furent intrigués par sa beauté soudaine et irrémédiablement attirante. Sa ressemblance avec Gabriel qui avait étrangement disparue depuis son agression suscita la méfiance de ses camarades. Rapidement, son cercle d'amis s'effaça.
Chez elle, ses parents s'inquiétèrent de ne plus la voir manger, elle qui avait autrefois un appétit d'ogre. La nourriture était comme de la terre pour la nouvelle Claire. Croyant à une crise d'anorexie, bien qu'ils ne la voyaient pas dépérir, ils la firent bientôt hospitaliser.
Claire avait du mal à supporter d'être enfermée dans cette chambre blanche et chaude. La nuit sombre et fraiche l'attirait souvent vers la fenêtre. Le front appuyé contre la vitre et la main perdu dans ses cheveux blonds elle pleurait régulièrement. Ses pensées se dirigeaient systématiquement vers Gabriel. Elle ne lui en voulait pas, elle aurait juste aimé le revoir. Elle se sentait si seule. Tous avaient peur d'elle à présent, ils l'enfermaient car ils ne la comprenaient pas. Les rares moments où elle se sentait libre étaient ceux de la chasse, lorsqu'elle parvenait à s'évader de cet hôpital pour calmer sa soif. Elle aurait aimé parler mais savait que si elle dévoilait la vérité elle se retrouverait, non pas à l'hôpital mais à l'asile. Du haut de ses seize ans elle avait parfois du mal à assumer ce qu'elle était devenue. Ce soir là, des larmes salées sur les joues, elle pensait à une phrase de Rousseau : »S'il y a en ce monde une existence avérée, c'est celle des vampires. Rien ne manque : rapports officiels, déclarations sous serments de gens de bonne réputation chirurgiens, prêtres ; magistrats ; la preuve judiciaire est plus complexe. Et malgré tout cela, qui croit aux vampires ? »
« Qui croit en nous ? Qui me croira ? Se questionnait la jeune fille.
Soudaine la porte s'ouvrit et un jeune infirmier apparu, Will. Quelque chose s'alluma dans les yeux noirs du jeune homme et donna à Claire une réponse. Lui. Lui il la croira.
Cette première rencontre datait de dix ans. Claire ne s'était pas trompée : il l'avait cru. Et Will l'avait ensuite attendu trois ans. Il fallu trois années à la jeune fille pour maîtriser ses instincts de vampire. Ce fut dur, Will avait une odeur délicieuse, alléchante. Mais elle avait réussi. Ils s'étaient mariés et si elle se trouvait dans cet hôpital s'était pour accueillir leur enfant. Olivia avait hérité des yeux noirs de son père, de la pâleur et des cheveux blonds platine de sa mère. Will était tou-jours humain mais il était probable que sa femme veuille le garder pour l'éternité près d'elle et fasse de lui un vampire. Il l'observait, perdu dans les méandres de ses souvenirs. Claire, des larmes de bonheur sur les joues, admirait la nuit magnifique. Son regard se posa sur un arbre et elle se surprit à rêver de prendre sa forme de chauve-souris pour en caresser les feuilles de ses ailes. Perdus dans leurs pensées, les deux époux ne s'aperçurent même pas que le jour se levait. Un bruit de frottement de plumes leur fit tourner la tête. Olivia, répondant à l'appel du jour était devenue alouette.